Publi le mercredi 04 juin 2008

L'Ordre des infirmières et l'immigration

04 06 2008

Les ordres professionnels du Québec liés au monde de la santé n’ont pas la réputation d’être très ouverts à l’immigration. On a tous entendu parler des médecins chauffeurs de taxi ou des infirmières française retournées dans leur pays déçues par le mauvais accueil qui leur a été réservé et les promesses non tenues.

Je me suis particulièrement intéressé à l’Ordre des infirmières après avoir lu qu’il faisait la recommandation au gouvernement de favoriser l’immigration de plus d’infirmières formées à l’étranger pour régler le problème de pénurie de main-d’œuvre que nous connaissons actuellement. Je me suis dit, enfin un ordre professionnel qui fait preuve d’ouverture envers les immigrants. Comme beaucoup d’infirmières immigrantes francophones ont échoué leur intégration dans le passé, l’Ordre recommande de donner priorité aux infirmières formées dans des pays où la formation et le système de santé sont les plus compatibles avec les nôtres comme les Philippines. Les Philippines? Est-ce que les infirmières des Philippines parlent français? Dans un de ses constats sur les échecs du passé, l’Ordre établit qu’il est impératif que les infirmières aient une connaissance approfondie du français pour garantir des soins sécuritaires et de qualité aux malades. Qu’à cela ne tienne, l’Ordre recommande que le gouvernement organise des cours de français avant que les infirmières immigrent. Combien de temps faut-il pour qu’un non-francophone vivant à l’étranger apprenne notre langue pour atteindre le niveau de compétence nécessaire à l’exercice de sa profession ici? Des années sans doute et encore, sans immersion, c’est presque impossible. L’Ordre préfère que les futures infirmières passent des années à apprendre le français chez eux plutôt que de mettre sur pied des programmes de formation complémentaires et des stages supervisés ici pour former des infirmières qui métrisent déjà notre langue. L’Ordre peut-il garantir à une candidate immigrante apprenant le français qu’elle obtiendra un poste une fois établie ici? Bien sûr que non parce qu’elle devra aussi se qualifier au niveau professionnel. Cette proposition de l’Ordre des infirmières n’a aucun bon sens.

Dans une de ses publications qu’on peut lire sur son site, l’Ordre se vante d’un taux de rétention de 50% chez les infirmières d’origine française. C’est drôle, mais je trouve ce ratio plutôt faible. Immigrer demande beaucoup de sacrifices et démontre une grande motivation. J’ai de la difficulté à concevoir que 50% des infirmières qui viennent d’un pays qui a un des meilleurs systèmes de santé au monde, aient abandonnées leur profession au Québec sans raisons valables. Je pense que la majorité d’entre elles ont été victimes du manque de reconnaissance de leurs compétences et de programmes de formation inadéquats pour les adapter à notre système. En plus, je ne suis pas sûr que le milieu hospitalier, comme beaucoup d’autres, soit très ouvert au personnel immigrant qui exige plus de travail et de supervision dans un environnement où tout le monde est débordé.

L’Ordre des infirmières pense faire preuve d’ouverture en recommandant l’augmentation du nombre d’infirmières immigrantes. C’est un leurre. Cet Ordre professionnel est aussi fermé et protectionniste qu’il l’a toujours été.